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Laurent Nunez à Alger: solder le bilan Retailleau

Laurent Nunez à Alger: solder le bilan Retailleau

أخبار

2026-02-13

 

Abed Charef

 

Quatre mois après sa nomination au gouvernement, le ministre français de l’intérieur, M. Laurent Nunez, est annoncé à Alger lundi 16 février. Il se livre à cet exercice délicat pour tenter de recoller les morceaux et faire oublier le lourd héritage que son prédécesseur Bruno Retailleau lui a légué. Mais dans quelles conditions a lieu cette visite, quels objectifs réels lui fixer et quels résultats peuvent être attendus ?

A l’évidence, rarement visite d’un officiel français en Algérie aura été scrutée avec autant d’insistance. Tous les mots, tous les gestes, tous les détails du protocole seront décortiqués, disséqués, commentés, analysés. Avec comme enjeu de voir s’il est possible de revenir à un niveau de relations acceptable. Sans plus. Car il n’y aura pas de miracle.

C’est que les relations algéro-françaises sont à un niveau proche de zéro. Et, paradoxalement, c’est la partie française qui paraît avoir le plus à gagner dans une améliorations des relations bilatérales. C’est d’ailleurs le ministre français de l’intérieur qui se rend à Alger, et non l’inverse. A aucun moment, il n’a été question d’une visite du ministre algérien de l’intérieur en France, encore moins celle du ministre des affaires étrangères.

 

Changement de ton

Qu’est-ce qui motive cette insistance française? Pour Paris, des dossiers «importants» sont mis en avant, parmi lesquels « des questions de sécurité, notamment la question des réadmissions, la question de la lutte contre le terrorisme et contre le narcotrafic», selon les propos de M. Nunez. A regarder de près, il s’agit de questions ayant d’abord une implication politique interne en France.

Ce qui n’empêche pas Le Figaro d’adopter un ton martial, pour écrire que c’est la visite de «la dernière chance», la «dernière fenêtre pour tenter de dégripper la coopération migratoire et essayer d’arracher la libération de Christophe Gleizes».

M. Nunez est moins catégorique. Il y’a un mois, il affirmait qu’il ne se rendrait à Alger que si certaines conditions étaient réunies, notamment la reprise des OQTF et la libération du journaliste Christophe Gleizes, condamné en appel à sept ans de prison le 3 décembre 2025 par le tribunal de Tizi-Ouzou. Depuis, M. Nunez a beaucoup tempéré ses propos, se contentant de parler d’une «amorce de réponse» sur les OQTF et d’une «évolution de la situation» de Christophe Gleizes. Celui-ci a été déplacé de la prison de Tizi-Ouzou à celle de Koléa, dans la banlieue ouest d’Alger, où Mme Ségolène Royal, sans mandat diplomatique officiel, a pu lui rendre visite. Est-ce un geste perçu comme un «changement de situation»? Y’a-t-il eu des promesses? Personne ne le dira, les promesses n’engageant que ceux qui les croient.

De son côté, le président Abdelmadjid Tebboune a déclaré que l’Algérie est prête à accueillir ses enfants en difficulté à l’étranger. Autrement dit, le retour sera facilité pour les personnes sous OQTF acceptant de rentrer en Algérie de leur propre volonté. Par contre, pour ceux qui ont des droits en France et qui souhaitent y rester, les consulats algériens leur apporteront l’assistance nécessaire. «Sans faille». Est-ce là le signe d’une avancée sur le dossier des OQTF qu’attentait M. Nunez?

 

Crédit favorable

Le ministre français de l’intérieur n’arrive cependant pas les mains vides. A son crédit, il y’a d’abord sa volonté, affichée dès son entrée au gouvernement, de se démarquer de son prédécesseur Bruno Retailleau, qui avait développé une absurde théorie de la «réponse graduée», laquelle a mené les relations bilatérales au bord de la rupture.

M. Nunez a toutefois une marge extrêmement limitée. Il pourra rétablir des relations à-minima, sans plus. Pour une raison évidente: la partie algérienne a fait le deuil d’une relation forte avec une France dirigée par Emmanuel Macron. Celui-ci, après avoir affiché une vision rénovée des relations avec l’Algérie et avec l’Afrique de manière générale, s’est engagée dans une voie destructrice durant les trois dernières années. Après avoir tenu des propos inacceptables sur l’Algérie, il a rejoint la thèse marocaine sur le Sahara Occidental. Cette décision de M. Macron est un casus belli qui condamne les relations bilatérales à un niveau très bas jusqu’à la désignation du successeur de M. Macron.

 

Statu-quo

Cela signifiera que tant que M. Macron est là, certains dossiers sont clos, d’autres gelés. La coopération sur la mémoire, par exemple. C’est un dossier plié. Son promoteur, l’historien Benjamin Stora, très respecté dans les milieux intellectuels en Algérie, et qui plaide en permanence pour une relation bilatérale forte, fait figure de victime collatérale.

Les relations économiques ont, elles aussi, peu de chances de revenir à des niveaux élevés à court terme, alors que les céréaliers français, par exemple, ont virtuellement disparu du marché algérien. La présence d’une équipe du Medef, organisation patronale française, au sein de la délégation de M. Nunez, montre une volonté de regagner du terrain, mais cela se fera probablement au cas par cas.

 

Déséquilibre médiatique

Car il sera difficile d’avancer dans ce champ de ruines diplomatique. Il sera d’autant plus difficile d’avancer que la partie française écrase totalement le champ médiatique, ne laissant apparaître que les demandes françaises. Comme si la partie algérienne n’avait pas d’intérêts à défendre, pas de dossiers à plaider; juste des récriminations et une volonté manifeste de nuire à la France.

Pourtant, les dossiers sont nombreux. Les uns conjoncturels, les autres des dossiers de long terme.

Il y’a ainsi un agent consulaire algérien détenu en France sur la base d’accusation d’un influenceur futile, totalement inconsistant, Amir Dz. Dans le prolongement, il y’a les restrictions sur le personnel consulaire algérien en France, dont le rôle est de défendre les intérêts des ressortissants algériens, non de servir d’appareil pour exécuter les injonctions de l’administration française.

De manière plus générale, la partie algérienne est constamment sur la brèche pour tenter d’alléger, à défaut de lever la pression exercée sur la communauté algérienne en France, qu’il s’agisse de bi-nationaux ou de simples résidents.

Au-delà, se profilent des questions plus délicates, comme la gestion en France de groupes officiellement considérés comme terroristes en Algérie, comme Rachad et le MAK.

Par ailleurs, la France a introduit récemment un autre facteur de discorde, celui de la renégociation de l’accord d’association avec l’Union européenne. Paris a laissé entendre qu’elle utiliserait son influence pour en faire un élément de la négociation bilatérale, ce qui est inacceptable pour l’Algérie.

Mais pour le moment, aucune percée décisive ne semble attendue. Il s’agit juste de s’engager dans un virage pour espérer revenir à terme à une situation normale. Pas plus.

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