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Le mystère du blocus du détroit d’Hormuz

Le mystère du blocus du détroit d’Hormuz

أخبار

2026-08-17



Abed Charef

Au départ, il fallait résoudre une énigme mathématique assez simple. D’un côté, le détroit d’Hormuz, par où transite 20 pour cent du pétrole mondial, a été fermé durant près de 150 jours depuis le mois de mars. De l’autre côté, on a du pétrole qui continue à couler en abondance, à un prix relativement abordable, sous le seuil des 90 dollars le baril à la mi-août.
Comment a-t-on fait pour éviter la pénurie, voire le chaos, quand la production de pétrole mondiale est amputée de 20%?
Les spécialistes avancent un faisceau d’explications. Ils disent que les grands consommateurs ont puisé dans les stocks, que la Russie et les États-unis ont augmenté leur production de un ou deux millions de barils chacun, et d’autres pays ont fait un effort supplémentaire. De son côté, la Chine a fortement réduit ses importations, de quatre millions de barils/jour, ce qui semble possible sur une courte période, mais intenable à terme.
Cela suffirait pour compenser un manque de production de dix millions de barils/jour. Et les dix autres millions de barils qui manquent ? Comment le marché peut se passer de dix millions de barils/jour pendant 150 jours, sans que cela provoque le chaos? Pour avoir une idée de ce que cette quantité, 1,5 milliards de barils, représente, il faut savoir qu’elle équivaut aux réserves de la Chine, ou à quinze jours de consommation mondiale.

Un peu de blocus, beaucoup de com
En fait, la réalité est toute simple: il n’y a pas de blocus du détroit d’Hormuz pour les pétroliers et les méthaniers. Ceux-ci passent en nombre, selon des procédures complexes, différentes de celles en vigueur en temps de paix, alors qu’américains et iraniens jurent, chacun de son côté, qu’ils contrôlent le détroit et y imposent un blocus hermétique. Le blocus relève donc d’une belle fiction, habilement gérée par les Iraniens et les Américains. Cela fait partie de leur communication, dans leur affrontement direct, mais il sert aussi de moyen de pression sur des parties tierces.
Selon des données précises recueillies avec noms de navires, nature de la cargaison (pétrole, gaz, produits chimiques), destination, date de passage, il a été possible d’établir que si la navigation est fortement perturbée, celle concernant les produits énergétiques continue à un rythme soutenu.
Les navire passent régulièrement. Presque tous les jours. Mais il s’agit essentiellement de méthaniers et de pétroliers, pas les autres navires. Ces géants des mers effectuent un passage par mois ou un peu plus, selon leur rythme, le temps de charger dans un terminal pétrolier du Golfe, d’effectuer la traversée vers l’Asie ou l’Europe, de décharger et de mener des travaux d’entretien si nécessaire avant de revenir.

Un itinéraire dangereux, mais praticable
En temps normal, traverser le détroit d’Hormuz, c'est emprunter deux couloirs maritimes, un dans chaque direction, dans une sorte d'autoroute maritime. On doit suivre un tracé précis, et des consignes strictes.
Actuellement, cette «autoroute» est fermée. Les navires qui passent n'empruntent plus cette route conventionnelle. Ils rasent la côte du Sultanat d’Oman, plus à l'ouest et plus au sud, à deux miles nautiques des côtes, moins de quatre kilomètres, ce qui est dangereux pour la navigation en temps normal.
Ces navires passent «clandestinement», en convois de cinq, six, dix navires, presque tous les jours. Un tanker moyen peut transporter deux millions de barils. Les super-tankers peuvent aller jusqu’à quatre millions de barils.
Ceux qui entrent dans le Golfe se regroupent du côté de Foudjeira avant d’entamer la traversée en convois. Ceux qui quittent le Golfe se regroupent près de Mina Sakr, du côté de Ras El Kheima.
Les navires sont informés que la sécurité est assurée, mais sans préciser comment. Toutefois, les autorités maritimes des pays du Golfe ainsi que la marine américaine diffusent un bulletin sur tous les incidents enregistrés.
Les deux derniers concernent un navire dont la cheminée a été touchée par un drone, qui a détruit sa réserve d’eau douce mais sans provoquer trop de dégâts, ainsi qu’un méthanier du Qatar, frappé par un missile. Celui-ci a subi de sérieux dégâts. A la mi-août, il était immobilisé dans la rade de Foudjeïra.
C’est dire que si les navires passent, cela se passe dans des conditions de tension extrême.
Ceci pour le blocus exercé côté iranien. De l’autre côté, les navires qui ont une autorisation du régime des Mollahs (il faut absolument que je place cette formule) rasent les côtes iranienne plus au nord et à l'est. Ils ne sont pas aussi nombreux comparés à ceux qui passent près des côtes omanaises. Ils sont parfois renvoyés par la marine américaine, dans des conditions aléatoires.
Mais l’Iran continue d’exporter d’importantes quantités de pétrole et de gaz, parfois plus que ce qu’il exportait en temps de paix!

Comment expliquer ce paradoxe? En réalité, tout ceci semble relever d’un jeu subtile entre Iraniens et Américains, où chacun trouve son compte.
Les Américains ont leurs contraintes. Donald Trump veut éviter une flambée du carburant pour préparer des élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles. Il ne veut pas non plus prendre le risque de couper la Chine et l’Inde de leurs sources d’approvisionnement en pétrole et en gaz en provenance du Golfe.
De même, il a intérêt à ce que les pays du Golfe, fortement ciblés par l’Iran pendant la guerre, soient doublement sanctionnés par une rupture de leurs exportations de produits énergétiques.
Pour obtenir ce résultat, les Américains ferment les yeux sur les exportations iraniennes, en contrepartie de quoi Téhéran laisse les navires passer, tout en maintenant une forte pression. Car l’Iran a la capacité de verrouiller le détroit d’Hormuz: le dernier tanker ciblé a été touché par un missile alors qu’il se trouvait dans les eaux omanaises, très loin des côtes iraniennes.
Cela fait partie du jeu de la guerre, de la fausse guerre, qui se poursuit dans le Golfe. Une fausse guerre suivie d’un faux cessez-le-feu. Il est normal qu’elle débouche sur un faux blocus.

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