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أخبار
2026-08-10

Abed Charef
L’affaire Ceuta n’a pas encore révélé tous ses secrets, mais ce qu’on en sait déjà est très inquiétant. Pas seulement pour l’Espagne, mais aussi pour l’Europe, et surtout, pour tous les pays du Maghreb et du Sahel.
Au-delà des lectures et des analyses qu’on peut en faire, l’afflux de plus de 70.000 marocains vers l’enclave de Ceuta durant les deux derniers jours de juillet 2026, a confirmé que le Maroc est devenu plus toxique que jamais. Et son aventurisme politique est d’autant plus dangereux qu’il est destiné à servir des pays tiers, Israël et les États-Unis en premier lieu.
Les vidéos, les témoignages, les récits et les écrits rendus publics depuis ces deux journées de chaos, permettent d’ores et déjà d’établir certains faits extrêmement inquiétants, et qui ne peuvent plus être contestés. D’abord, l’opération Ceuta n’est pas le résultat d’une fausse information ou de rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux, mais elle a été délibérément organisée, avec la participation des principaux centres de pouvoir et d’institutions marocains; ensuite, c’est une opération sous-traitée, menée pour le compte d’Israël, l’un des objectifs étant de mettre en difficulté Madrid, dont le gouvernement a adopté une position résolument favorable à la Palestine; ce faisant, le Maroc montre qu’il est disposé à mettre une masse de ses habitants au service d’intérêts étrangers, israéliens cette fois-ci, allant jusqu’à sacrifier des dizaines d’entre eux pour une cause dont ils ne se doutent même pas. Les bilans officiels font état de 75 morts et des centaines de personnes à qui il a fallu prodiguer des soins, alors que les ONG parlent de 140 morts.
Un fiasco
L’opération a été un fiasco total, et s’est même retournée contre le Maroc. Le pays qui prétend disputer à l’Espagne le droit d’héberger la finale de la coupe du monde 2030 est apparu sous son véritable visage: un pays majoritairement pauvre, voire très pauvre, avec des populations déclassées, menant une vie difficile et prêtes à prendre des risques inouïs pour accéder à une vie différente.
Le luxe et le clinquant qui servent de vitrine autour de Marrakech, Tanger et Rabat ne peuvent occulter le profond délabrement de l’arrière-pays. Et la communication marocaine, souvent habile, n’y pourra rien. Le réel finira par s’imposer.
Une base de déstabilisation
Ce volet économique et social peut susciter une certaine inquiétude quant à la stabilité du Maroc. Mais il est secondaire dans l’affaire Ceuta. Ce qui est le plus inquiétant tient à deux autres volets: la fragilité d’un pays qui a accepté de servir de base de déstabilisation pour autrui, et les incertitudes que cache un pays désormais hors de contrôle, pouvant faire l’objet de toutes sortes de manipulations.
Le Maroc a déjà servi d’outil de déstabilisation. Deux affaires emblématiques ont confirmé cette activité. En Europe, l’affaire Marocgate a révélé comment ce pays a approché des députés européens pour les corrompre. L’affaire Pegasus a de son côté montré comment des centaines d’hommes politiques et d’acteurs publics européens, dont des journalistes, ont été espionnés par le biais d’un logiciel fourni par Israël. Le téléphone du président français Emmanuel Macron lui-même a été mis sur écoute. C’est dire que les auteurs marocains de ce type d’opérations ne se fixent pas de limites.
Mais il est évident aussi que dans ces opérations, le Maroc n’est qu’un sous-traitant. Probablement au profit des États-Unis et d’Israël dans l’affaire Ceuta, au profit d’Israël dans l’affaire Pegasus, au profit d’autres acteurs, comme les Émirats Arabes Unis en d’autres circonstances. Ce qui est constant, c’est qu’Israël est toujours partie prenante, une tendance qui s’est renforcée depuis que le Maroc a accepté de normaliser ses relations avec Israël en contre-partie d’une déclaration américaine favorable à Rabat dans le dossier du Sahara Occidental.
Israël, pays frontalier de l’Algérie
Avoir à ses frontières un pays hostile comme le Maroc est déjà difficile à gérer. Que ce pays accepte de devenir une base de déstabilisation au profit d’autres acteurs, cela complique davantage la situation. Mais le Maroc semble avoir atteint une autre limite: il a abdiqué. Il n’est plus maître de la décision chez lui.
Tout ceci est évidemment aggravé par une situation de fin de règne où les pouvoirs se diluent, avec une compétition féroce autour de la succession.
Le makhzen, sorte d’état profond constitué d’un confluent de réseaux, institutionnels ou non, de centres de pouvoir plus ou moins occultes, semble lui-même désemparé face à l’absence d’un centre de décision bien assis. Cela exacerbe les luttes d’influence, les rivalités, et les tentatives de positionnement dans le futur échiquier du pouvoir.
Les répercussions sur le voisinage immédiat du Maroc sont sérieuses. Pour l’Algérie, cela a une implication particulièrement inquiétante: Israël est devenu un pays frontalier de l’Algérie.
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