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الجمعة، 3 أفريل 2026

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MBS, l’autre pari perdu de Donald Trump

MBS, l’autre pari perdu de Donald Trump

 

Abed Charef

 

Le président américain Donald Trump a tenu des propos orduriers, odieux envers le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohamed Ben Selmane, MBS. Des propos qui ne respectent ni les règles diplomatiques, ni l’éthique, ni les codes convenus à ce niveau de responsabilité.

Le penchant de Donald Trump à humilier ses adversaires est bien connu. Il en fait un usage immodéré, envers l’ukrainien Volodymir Zelensky et le français Emmanuel Macron par exemple. Un comportement plus proche de celui d’un gamin dans une cour d’école que d’un chef d’État.

Mais il n’y a pas qu’un trait d’humeur dans ces propos du chef de la Maison Blanche envers Mohmed Ben Selmane. Il y’a aussi l’expression d’une profonde contrariété, voire d’un échec politique retentissant: MBS ne veut pas que son pays soit cantonné dans le rôle de petit vassal de Washington, il veut que l’Arabie Saoudite devienne un partenaire respecté, un acteur régional, avec une véritable autonomie de décision.

Visiblement, le profil de MBS était connu auprès des Américains dès qu’il a commencé à émerger sur la scène politique. D’où les tentatives de l’écarter du pouvoir dès ses premières apparitions. Dans la foulée de l’affaire Kashoggi, ce journaliste saoudien disparu dans le consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, l’ancien président américain Joe Biden avait promis de faire de MBS un «paria» sur la scène internationale. Promesse qu’il avait du ravaler, toute honte bue, pour aller à Ryadh demander à MBS de mieux coopérer sur les prix du pétrole.

Donald Trump est allé encore plus. Sa première visite à l’étranger après sa réélection, il l’a effectuée à Ryadh, dans le cadre d’une tournée où les dirigeants de la région l’ont couvert d’or. Car eux aussi avaient étudié le profil du personnage, et avaient joué le jeu, le couvrant d’éloges et lui promettant des montagnes d’argent.

 

Pas de normalisation

Mais sur le dossier le plus lourd, Donald Trump revenait bredouille. Avec les accords d’Abraham, Trump pensait avoir plié le dossier Proche-Orient, dans une formule qui occultait totalement les Palestiniens.

Deux éléments ont mené son projet dans une impasse: la résistance palestinienne avec l’opération «Déluge Al-Aqsa», et le refus de l’Arabie Saoudite de normaliser ses relations avec Israël. Si Ryadh avait adhéré au projet, il est évident que les choses auraient basculé.

Mais selon l’aveu même de Donald Trump, MBS a louvoyé, utilisant différents prétextes pour ne pas céder. Malgré les énormes pressions subies, il a refusé de céder, alors qu’une puissante propagande présentait cette décision comme une simple formalité, présentée comme imminente. Au point de faire de MBS un traître alors que son pays répétait invariablement que rien ne serait décidé avant une démarche sérieuse pour l’établissement d’un État palestinien.

MBS a ainsi tenu jusqu’au 7 octobre, qui l’a libéré : avec les crimes commis contre les Palestiniens, il était devenu impossible à l’Arabie Saoudite de normaliser ses relations avec Israël.

 

Par petites touches

Entre-temps, MBS s’était déjà donné de la marge pour affirmer son autonomie. Il a coopéré avec la Russie au sein de l’OPEP+ pour contrôler le marché du pétrole, y compris dans un sens défavorable aux Etats-Unis; il s’est réconcilié avec l’Iran, grâce à une médiation chinoise; il s’est lancé dans des projets de développement pharaoniques; il a lancé des opérations de soft power remarquables, comme les jeux asiatiques et la coupe du monde de football, pour échapper au carcan dans lequel pataugeait son pays.

Signe encore plus éclatant de ce changement, MBS est entré en conflit avec les Émirats arabes Unis, dont l’activisme pro-israélien était devenu dangereux et déstabilisateur. Pourtant, moins d’une décennie auparavant, les deux pays s’étaient alliés pour organiser un embargo contre le Qatar.

Cette mutation à l’international avait un pendant interne remarquable. Elle s’accompagnait d’une libéralisation sociétale osée, dans un pays figé par plusieurs siècles de wahabisme rigoureux. Amorcée prudemment, mais fermement, cette ouverture a offert des espaces inespérés aux jeunes et aux femmes.

On est évidemment loin d’une démocratisation à l’occidentale. Le régime reste strictement autoritaire. Pas de partis, pas de liberté de la presse, un changement à peine perceptible sur le terrain des libertés et des Droits de l’Homme, ce qui dénote une volonté de maîtriser le processus pour éviter tout dérapage.

 

Maîtriser les risques

Et là, les risques sont réels. Imposer l’Arabie Saoudite comme un acteur régional au Moyen-Orient et dans le Golfe, abandonner le statut de simple relais des Etats-Unis, constitue en soi un changement majeur. Washington peut difficilement l’accepter.

Échapper à la mainmise américaine, cela signifie revoir la position de l’Arabie Saoudite, redéfinir ses intérêts, ses amis, ses alliés et ses adversaires. Dans cet optique, Israël n’est plus un partenaire avec lequel Ryadh est contraint de se rapprocher, l’Iran n’est plus un ennemi avec lequel il faut faire la guerre. La Chine est géographiquement plus proche, et offre désormais des produits aussi bons, sinon de meilleure qualité que les produits américains, à des prix plus compétitifs.

 

Un coup d’accélérateur

La guerre contre l’Iran risque d’accélérer fortement cette mutation. Dans un premier temps, l’Arabie Saoudite a affirmé que son territoire ne serait pas utilisé pour agresser l’Iran. Mais les Américains sont passés outre, et les Iraniens savaient qu’ils allaient le faire.

Téhéran a donc informé au préalable les pays de la région que les bases américaines sur leur territoire, utilisées contre l’Iran, seraient des cibles légitimes. Missiles et drones iraniens ont visé ces bases. Ryadh a protesté, mais a refusé d’entrer dans la guerre, malgré de fortes pressions américaines en ce sens. Ce qui a suscité la colère de Donald Trump et ses propos désobligeants.

En fait, il y’avait un vrai danger pour MBS sur ce terrain. D’un coté, Mohamed Ben Selmane voit bien ce qui est arrivé aux pays de la région qui se sont laissés entraînés dans un engrenage de guerre. Irak, Syrie, Libye ont été détruits, et peinent à se relever. Car l’objectif numéro un d’Israël et des Etats-Unis reste le même: avoir des pays vassaux, et pousser les pays récalcitrants vers un engrenage guerrier, pour les réduire à un état tel qu’ils oublieraient le mot Palestine; les amener à se soucier des seules questions de survie, de lutte pour le pouvoir, de luttes tribales, ethniques ou confessionnelles. Donald Trump a encore affirmé cette option, en affirmant froidement qu’il menaçait de renvoyer l’Iran «à l’âge de pierre».

D’un autre côté, personne n’est en mesure de dire comment réagiraient la famille royale, l’armée, les religieux, la rue, si l’Arabie Saoudite entrait en guerre aux côtés d’Israël contre un autre pays, quel qu’il soit. La tentation d’en découdre avec l’Iran peut exister, mais les risques sont trop grands. Même Israël, avec sa supposée suprématie militaire et une aide massive des Etats-Unis, ne peut pas se protéger contre l’Iran.

De plus, même s’il est difficile d’évaluer l’état de l’opinion saoudienne, il est certain que l’hostilité à Israël reste dominante. Il est donc inutile pour Ben Selmane d’ouvrir un front supplémentaire, alors qu’il a besoin de maîtriser le changement qu’il a engagé, face à Trump, mais aussi face à une hiérarchie religieuse traversée par de multiples courants.

Ce qui explique ce changement très prudent, par paliers, par petites touches, dans un pays qui reste malgré tout fortement dépendant des États-Unis dans de nombreux domaines, et qui peut être déstabilisé en raison précisément de ce qui fait sa force, sa position d’exportateur majeur de pétrole.

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