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On vous a manipulé. Et ce n'est pas la première fois, « Comment on fabrique une image de l'Algérie en trois posts et un algorithme »

On vous a manipulé. Et ce n'est pas la première fois, « Comment on  fabrique une image de l'Algérie en trois posts et un algorithme »


Redha Benyamina 

Ingénieur 


Septembre 2025. Sept adolescents algériens quittent clandestinement Alger pour

l'Espagne. L'affaire est simple : des mineurs, une aventure, une erreur tragique. Mais ce

qui se passe ensuite mérite attention.

Certains médias s'emparent du fait. Non pour rapporter la réalité, mais pour fabriquer

un récit. La revue de l'Armée nationale, El Djeïch, le dira explicitement : l'objectif n'était

pas de raconter sept enfants, mais de « véhiculer une image erronée de l'Algérie, de son

peuple et de ses institutions », dans le cadre d'un « agenda médiatique malveillant ». Un

fait isolé, gonflé jusqu'à devenir le portrait d'un pays.

Ce n'est pas de l'information. C'est une arme.

La vieille méthode, les nouveaux outils

Pendant la Guerre froide, l'opération Mockingbird de la CIA exigeait d'acheter des

journalistes un par un. Au moins 400 reporters et 25 grandes organisations médiatiques

figuraient sur la liste de paie de l'agence. C'était une guerre à forte intensité humaine :

derrière chaque voix manipulée, un homme identifiable, corruptible.

L'Algérie affronte aujourd'hui autre chose. En mars 2026, le ministre de l'Enseignement

supérieur, Kamel Baddari, écrit dans Le Soir d'Algérie que le pays fait face à une « guerre

cognitive » : l'ennemi utilise l'IA, les réseaux sociaux et les deepfakes pour «

désorganiser mentalement une société à grande échelle ». Ce n'est pas une théorie.

C'est un constat : plus besoin d'acheter qui que ce soit. Un algorithme suffit.

Ils ne visent pas votre cerveau. Ils visent votre colère

Dans le même article, Baddari lâche la phrase décisive : les questions identitaires sont

instrumentalisées comme « outil de mobilisation émotionnelle », fondé sur des «

marqueurs de division réinventés », pour opposer les populations des différentes

régions.

Ils ne cherchent pas à vous convaincre. Ils cherchent à vous indigner. À vous faire haïr un

autre Algérien. À vous faire appuyer sur « partager » avant que vous n'ayez compris.

Une enquête révélée par Horizons en décembre 2025 détaille le mode opératoire : des

pages anonymes diffusent « rumeurs, désinformation et contenus visant à créer la

discorde », particulièrement en période électorale ou de tensions sociales. Objectif

explicite : monter les Algériens les uns contre les autres, éroder la confiance dans les

institutions, fragiliser la stabilité du pays.

Ce que vous pouvez faire de plus puissant

Pas de la colère. Pas du partage. S'arrêter.

Trois questions : ce compte a été créé quand ? D'où parle-t-il vraiment ? Pourquoi,

maintenant, de cette manière, me fait-il ressentir exactement cette émotion ?

Le président du Conseil national économique, social et environnemental l'a formulé en

décembre 2025 : ces campagnes attaquent les trois piliers de la conscience collective, la

vérité, via les deepfakes, la confiance, en brisant le lien entre le citoyen et ses institutions

, la mémoire, en tentant de couper la jeunesse de son histoire.

Chaque partage irréfléchi les aide à en accomplir un.

Dans une guerre cognitive, l'arme la plus dangereuse n'est pas l'IA. C'est un vous en colère, irréfléchi et gratuit.

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