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الاثنين، 24 أوت 2026

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Polémique à Alger, campagne électorale à Paris

Polémique à Alger, campagne électorale à Paris


Abed Charef


L’Algérie n’a pas échappé au rituel de la polémique de l’été. Cette fois-ci, il s’agit de l’enseignement des langues, un sujet relancé par la décision du ministère de l’éducation de remplacer le français par l’anglais à partir de la troisième année du cycle primaire.

Un texte a eu un certain écho. Il s’agit d’une tribune signée par des universitaires, enseignants, chercheurs, écrivains et autres acteurs de la vie économique et artistique de la diaspora, parue le 12 août dans le journal Le Monde. L’argumentaire présenté est, de prime abord, serré. Mais le plaidoyer prend un chemin sinueux, qui l’amène à une conclusion inattendue. Il demandait, ni plus ni moins, que «le maintien et le renforcement de l’enseignement de la langue française à tous les niveaux du système éducatif» algérien.

Les signataires du texte expriment leur «profonde préoccupation face au recul progressif de la place de la langue française dans l’espace public algérien». Ils déplorent la «marginalisation progressive» de cette langue dans la vie quotidienne, «parfois remplacée par l’anglais», alors que, selon eux, «le français fait désormais partie du patrimoine intellectuel, scientifique et culturel de l’Algérie»; un point de vue du reste parfaitement défendable, tout comme le sont certains rappels mentionnés dans cette tribune : l’appel du 1er novembre 1954 a été rédigé en français, des millions d’Algériens vivant à l’étranger utilisent cette langue, ainsi que des écrivains et des intellectuels algériens de renom.

Mais la polémique a ceci de particulier qu’elle ne tient pas compte du contenu ni de la qualité des arguments. Elle se nourrit d’expédients, parfois fondés, souvent aléatoires. Les signataires de la pétitions estiment ainsi que la décision du ministère de l’éducation semble «répondre à des considérations idéologiques (plutôt) qu’à une véritable stratégie linguistique». 


Improvisations en série

Il est vrai que la gestion du dossier par le ministère de l’éducation n’est guère défendable, tant elle est dominée par l’improvisation. Comment, du reste, défendre un ministère qui prend une décision aussi lourde fin juillet pour l’appliquer début septembre? Où trouver les enseignants, comment les affecter, comment gérer les budgets et assurer la formation pour un virage aussi important?

Le ministère a prouvé son incurie en montrant qu’il n’est même pas capable de gérer de manière rigoureuse les dates des vacances scolaires: la rentrée, initialement fixée au 6 septembre, a été reportée au 21. Les raisons de ce décalage n’ont pas été énoncées, mais c’est probablement pour se donner le temps de trouver des formules en vue d’appliquer cette décision sur l’enseignement de l’anglais dans le primaire.


Chercher de la cohérence

Évidemment, quand surgit ce type de polémique, chacun cite ses héros et ses modèles. Mustapha Lacheraf, Ahmed Djebbar, Nouria Benghabrit d’un côté, Ali Benmohamed, Taleb Ibrahimi, l’école pour tous, l’école fondamentale, de l’autre. Et, évidemment, est déterrée cette fameuse formule de Kateb Yacine selon laquelle le français serait un butin de guerre.

Il faut creuser ailleurs pour trouver les traces d’un débat sérieux, posé, basé sur des faits. Khaoula Taleb Ibrahimi en rappelle quelques uns. Par exemple, le décalage qu’il y’a actuellement entre l’enseignement dans différents cycles scolaires, en arabe, et à l’université, où l’enseignement dans des filières prestigieuses (polytechnique, grandes écoles, médecine) est assuré en français. Elle parle d’une «rupture linguistique majeure entre le lycée et l’université», alors que la formation a besoin de cohérence. Elle note alors que le débat sur les langues a souvent laissé la place à une polémique sur l’identité et la mémoire.


C’est l’Algérie qui a enseigné le français aux Algériens

Le Pr Farid Chaoui, qui a refusé de signé la tribune publiée dans Le Monde, est lui, encore plus tranché. «Nous recevons dans nos universités depuis au moins dix ans des bacheliers analphabètes en français et qui doivent apprendre par eux-mêmes les rudiments de la langue pour pouvoir suivre les enseignements», écrit-il.

Il souligne deux autres évidences. D’abord, la France n’a pas enseigné le français aux Algériens, dont moins de 15% allaient à l’école à la veille de l’indépendance, autour de cinq pour cent durant la première moitié du siècle passé. C’est l’Algérie indépendante qui a appris le français à des millions d’Algériens.

Ensuite, le français est en train de disparaître «en raison principalement de l’absence d’enseignants de français dans le pays», ce que les autorités françaises regardent faire sans réagir. «Cette langue est officiellement dans les programmes des écoles dès la troisième année primaire, alors que la grande majorité des établissements ne dispose pas d’enseignants». Il évoque «l’effort gigantesque que l’Algérie a consenti pour la scolarisation en général et pour l’enseignement de la langue française en particulier».


Intrumentalisation de la langue et de la religion

Mais au-delà, le Pr Chaoui relève que «l’instrumentalisation de la langue comme celle de la religion a pris des proportions très graves dans le débat sur l’enseignement et la culture dans notre pays».

Il note que «depuis l’instauration de l’anglais comme langue de remplacement du français dans leurs enseignements, les professeurs d'université sont unanimes : ils ont moins de difficulté à communiquer avec leurs étudiants en anglais qu’en français». Ce qui lui permet d’affirmer, de manière tranchée: «le problème du français en Algérie est devenu une bataille l'arrière garde».

Comment expliquer la persistance de ce combat d’arrière-garde? La campagne électorale pour la présidentielle de 2027 est lancée en France. Et comme souvent, l’Algérie sera un thème de campagne. A travers l’émigration, les langues, l’Islam, peu importe.

Cette polémique de l’été 2026 en Algérie offre un excellent départ pour orienter la campagne de la présidentielle française.

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