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أخبار
2026-08-11

Redha Benyamina
Ingénieur
La nouvelle fonctionnalité « Usernames » de WhatsApp,
présentée comme un progrès
majeur pour la vie privée, cristallise aujourd’hui les inquiétudes des autorités et des experts en cybersécurité. Loin de renforcer la sécurité, elle pourrait ouvrir une brèche redoutable dans l’écosystème numérique, exposant décideurs et citoyens à des risques accrus d’usurpation d’identité et de fraude.
WhatsApp a toujours reposé sur un socle solide : le numéro de téléphone, un identifiant unique, vérifiable et rattaché à un opérateur national. Avec l’introduction des «Usernames », ce socle s’effrite. Désormais, un simple pseudonyme suffit pour entrer en
contact, sans qu’aucun mécanisme robuste ne garantisse l’authenticité de son détenteur. Ce glissement d’un identifiant contrôlé vers un identifiant déclaratif constitue une faille systémique que le chiffrement, pourtant salué, ne peut combler. Car si le chiffrement protège le contenu des échanges, il ne protège pas l’identité de l’interlocuteur. Et c’est précisément là que le bât blesse.
Les précédents sont inquiétants. L’Inde, premier marché mondial de WhatsApp, a immédiatement tiré la sonnette d’alarme. Les autorités indiennes ont sommé Meta de
suspendre le déploiement, estimant que la fonctionnalité « peut augmenter de manière
significative les fraudes, hameçonnages et usurpations ». En cause : la possibilité pour
des acteurs malveillants d’adopter des noms d’utilisateur ressemblant à ceux d’institutions financières, d’agences publiques ou de personnalités influentes. Les
experts en cybersécurité abondent. Selon BlackBerry Secure Communications, 83 % des
responsables sécurité dans les gouvernements et infrastructures critiques utilisent WhatsApp pour des échanges sensibles, tandis que 47 % d’entre eux croient à tort que
le chiffrement seul les protège contre l’usurpation.
La position ferme du ministère algérien des Postes et Télécommunications illustre
parfaitement la prise de conscience des États. En exigeant que tout compte WhatsApp actif en Algérie reste impérativement rattaché à un numéro mobile national vérifié, Alger
impose un garde-fou. Ce n’est pas un refus de l’innovation, c’est une mise en garde contre ses dérives. Un signal fort adressé à Meta comme aux autres régulateurs, qui rappelle que la souveraineté numérique ne saurait céder devant les sirènes de la Silicon
Valley.
La question n’est plus de savoir si WhatsApp est sécurisé, mais de définir qui est derrière l’écran. L’heure n’est plus à la confiance aveugle, mais à l’exigence. Trois actions
immédiates s’imposent : imposer une vérification d’identité renforcée pour tous les comptes interagissant avec des institutions publiques ou des entités critiques, exiger un audit indépendant des mécanismes de détection d’usurpation et de lutte contre la fraude, et accélérer le développement de solutions souveraines de messagerie pour les
communications stratégiques, comme le préconisent les experts en cybersécurité.
La promesse de confidentialité ne doit pas se faire au détriment de la confiance. Les décideurs ont aujourd’hui le pouvoir et le devoir de poser des garde-fous. Avant qu’il ne soit trop tard.
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